Le 1er octobre, Kolecto a publié son baromètre réalisé par Ipsos BVA auprès de 503 dirigeants de PME, interrogés du 1er au 18 septembre 2026. Le passage à la réception obligatoire s’est fait sans drame : 21 % des dirigeants ont rencontré des bugs, alors que 64 % en redoutaient. Pour la suite, le constat change. Seuls 14 % se disent prêts pour l’échéance du 1er septembre 2027, et 34 % ont commencé à s’y préparer (Moneyvox, 1er octobre 2026).

Recevoir, c’était surtout choisir une plateforme. Émettre touche autre chose : vos devis, votre fichier clients, et chaque logiciel d’où sort une facture. Voici ce qu’on regarde avec une PME, dans l’ordre où on le ferait.

Qu’est-ce qui change le 1er septembre 2027 ?

À cette date, les PME et les micro-entreprises devront émettre leurs factures entre entreprises par une plateforme agréée, dans un format structuré : Factur-X, UBL ou CII. La plateforme transmet la facture à celle de votre client, envoie les données utiles à l’administration, et renvoie des statuts (déposée, rejetée, refusée, encaissée) qui disent où en est chaque facture.

Les factures gagnent aussi quatre mentions obligatoires, listées par le site officiel des entreprises :

  • le numéro SIREN du client ;
  • l’adresse de livraison, si elle diffère de l’adresse du client ;
  • la nature de l’opération : livraison de biens, prestation de services, ou les deux ;
  • la mention « Option pour le paiement de la taxe d’après les débits », si vous avez choisi cette option.

Les ventes à des particuliers et à l’étranger restent hors du circuit des plateformes, mais leurs données doivent être transmises à l’administration (l’e-reporting), selon le même calendrier.

Vos factures fournisseurs arrivent déjà : qu’en faites-vous ?

Depuis le 1er septembre 2026, vos fournisseurs soumis à l’obligation vous envoient des factures structurées. Regardez ce qu’elles deviennent une fois arrivées. Si quelqu’un télécharge le PDF puis retape le montant, le fournisseur et la date dans la comptabilité, vous payez une plateforme pour garder la même saisie qu’avant.

Une facture structurée se lit sans ressaisie. Elle peut alimenter directement le logiciel comptable, être rapprochée du bon de commande dans l’ERP, et partir en validation chez la bonne personne. C’est la logique décrite dans notre article sur les ponts entre ERP, CRM et comptabilité, appliquée au premier flux qui arrive désormais dans un format propre.

Notre conseil : commencez par là. C’est le gain le plus rapide, et votre équipe apprend la plateforme sur des factures qu’elle ne produit pas.

De combien d’endroits sortent vos factures ?

C’est la question qui surprend le plus. Dans beaucoup de PME, les factures ne viennent pas d’un seul logiciel. L’ERP facture les produits, le logiciel de devis facture les chantiers, un tableur sert aux « petites prestations », un outil d’abonnement facture la maintenance. Chacune de ces sources devra passer par la plateforme.

Pour chaque source, notez :

  • le logiciel et son éditeur ;
  • le nombre de factures par mois ;
  • la part de clients professionnels et de particuliers ;
  • qui crée la facture, et qui la valide.

Une source qui sort dix factures par an n’a pas le même traitement qu’une source qui en sort quatre cents par mois. Ce tableau d’une page sert ensuite à tout : choisir la plateforme, décider quoi brancher, et chiffrer.

Votre fichier clients est-il prêt ?

Sur le papier, c’est le point le plus simple. Dans les faits, c’est souvent le plus long. Une facture sans SIREN client valide sera rejetée, et beaucoup de fichiers clients ont été remplis au fil des années sans ce champ, ou avec un SIRET à la place, ou avec le numéro d’une ancienne entité.

Exportez votre fichier clients et comptez les fiches professionnelles sans SIREN. Si elles se comptent par centaines, ne les complétez pas une par une : la base Sirene de l’Insee est ouverte et gratuite, et un rapprochement par nom et code postal remplit la plupart des fiches en une passe. Il reste ensuite une liste courte de cas douteux à vérifier à la main.

Deux autres champs demandent de l’attention selon votre métier :

  • l’adresse de livraison, quand elle diffère : dans le BTP, c’est l’adresse du chantier, qui vit souvent dans le devis et pas dans la fiche client ;
  • la nature de l’opération, quand une même facture mêle fourniture et pose, ou matériel et maintenance.

Qui choisit la plateforme agréée, et sur quel critère ?

Souvent, le choix a déjà été fait pour la réception, par votre expert-comptable ou par l’éditeur de votre logiciel comptable. Ce n’est pas un problème, à condition de vérifier que cette plateforme sait aussi recevoir vos factures émises depuis chacune des sources de votre inventaire.

Le critère qui compte le plus est la connexion. Le prix par facture vient après. Posez ces questions à la plateforme :

  • dispose-t-elle d’une API documentée, ou d’un connecteur pour vos logiciels ?
  • peut-elle recevoir des factures de plusieurs sources pour une même entreprise ?
  • les statuts (rejetée, encaissée) peuvent-ils remonter dans vos outils ?
  • qui est prévenu, et comment, quand une facture est rejetée ?

Le dernier point est sous-estimé. Une facture rejetée qui reste dans un portail que personne n’ouvre, c’est une facture que le client ne paiera pas.

Et si une partie de vos factures sort d’un tableur ou d’un outil maison ?

Trois voies, selon le volume.

La saisie sur le portail de la plateforme convient à quelques factures par mois. Au-delà, elle recrée la double saisie que la réforme devait supprimer.

Changer d’outil se justifie si le tableur ou l’outil maison posait déjà des problèmes. C’est un chantier à part entière, à ne pas lancer en juin 2027.

Relier l’existant à la plateforme est souvent le plus simple quand l’outil fonctionne bien : on lit les factures là où elles sont créées, on les convertit au bon format, on les envoie par l’API de la plateforme, et on fait remonter les statuts. C’est le travail de nos ponts entre logiciels, à partir de 3 500 € HT. Même logique quand la facture naît dans un autre logiciel : avec l’intégration Pennylane, un devis signé dans le CRM devient une facture sans que personne ne recopie une ligne.

Quel calendrier tenir d’ici septembre 2027 ?

À rebours depuis l’échéance, voici le rythme qu’on propose :

  1. Octobre à décembre 2026. Inventaire des sources de factures, nettoyage du fichier clients, branchement des factures reçues sur la comptabilité.
  2. Janvier à mars 2027. Plateforme confirmée pour l’émission, connexions choisies source par source, ponts construits si besoin (3 à 8 semaines selon le projet).
  3. Avril à juin 2027. Émission réelle avec quelques clients volontaires, en commençant par les plus gros en volume. Les rejets apparaissent ici, quand il reste du temps pour les corriger.
  4. Juillet et août 2027. Rien de nouveau. Les éditeurs et les plateformes seront saturés par les retardataires, et vos équipes en congés.

Parlez-en aussi à vos clients. Dans le baromètre Kolecto, 56 % des entreprises industrielles ont eu affaire en septembre à des clients ou des fournisseurs pas prêts, 22 points au-dessus de la moyenne. Savoir lesquels de vos gros clients ont déjà leur plateforme évite des surprises au premier envoi.

L’erreur qu’on voit venir

Traiter la réforme comme une formalité fiscale, confiée à l’expert-comptable et réglée en août. Elle touche toute la chaîne commerciale : le devis qui porte l’adresse du chantier, la fiche client qui porte le SIREN, le logiciel qui émet, la personne qui suit les rejets.

Elle a aussi un bon côté. Une fois vos factures structurées et leurs statuts disponibles, les relances, les rapprochements bancaires et le suivi des encaissements deviennent beaucoup plus simples à automatiser. Si vous voulez savoir par où commencer chez vous, le diagnostic d’une demi-journée fait exactement cet inventaire, sur place, avec un cadrage écrit et un prix fixe à la clé.